Trois familles de ventes aux enchères
Sous le même mot, on trouve trois procédures qui n’ont ni les mêmes acteurs ni les mêmes règles.
- Les ventes judiciaires : saisies immobilières, liquidations judiciaires, licitations ordonnées par un juge. Elles se tiennent au tribunal judiciaire, à la barre, et les enchères sont portées par des avocats.
- Les ventes notariales : ventes volontaires organisées par un notaire, à la bougie dans une chambre des notaires ou sous forme d’appel d’offres en ligne (les ventes dites interactives).
- Les ventes domaniales : biens de l’État et de certains établissements publics, mis en vente par la Direction de l’immobilier de l’État, le plus souvent en ligne.
Pour un marchand de biens, la première famille est la plus intéressante par le volume et par les prix de départ ; la deuxième par la qualité des dossiers ; la troisième par la rareté des concurrents sur certains biens atypiques.
Où sont publiées les ventes
Il n’existe pas de registre national unique. Les ventes judiciaires sont annoncées un à deux mois avant l’audience par un avis dans un journal d’annonces légales, un affichage au tribunal et sur le bien, puis reprises par les sites des barreaux et par des agrégateurs spécialisés. Les ventes notariales paraissent sur les plateformes des chambres de notaires et sur les sites de ventes interactives. Les ventes domaniales ont leur portail national. Le professionnel qui veut couvrir un département consulte donc trois ou quatre sources par semaine, ce qui reste faisable sur un périmètre serré. À côté, la lecture du BODACC donne un temps d’avance : une liquidation judiciaire publiée aujourd’hui débouche parfois sur une vente des actifs immobiliers quelques mois plus tard.
La vente judiciaire, étape par étape
- Le cahier des conditions de vente. Déposé au greffe et consultable au cabinet de l’avocat poursuivant, il contient la désignation du bien, les diagnostics, l’état d’occupation, la mise à prix et les conditions de paiement. C’est le seul document contractuel : on le lit en entier.
- La visite. Une seule, parfois deux, organisée par un commissaire de justice à une date fixée dans l’annonce. Pas de seconde chance : on vient avec un artisan ou l’on chiffre les travaux à la fourchette haute.
- La consignation. Pour enchérir, l’avocat remet un chèque de banque ou une caution bancaire égale à 10 % de la mise à prix, avec un plancher de 3 000 euros. Elle est restituée aux enchérisseurs non retenus.
- L’audience. Les enchères sont portées à la barre par les avocats ; l’adjudication est prononcée quand aucune enchère nouvelle n’est portée pendant 90 secondes. Sans enchère, le créancier poursuivant est déclaré adjudicataire à la mise à prix.
- La surenchère. Pendant dix jours, toute personne peut surenchérir d’au moins un dixième ; une nouvelle audience a alors lieu.
- Le paiement. Le prix et les frais sont réglés dans le délai du cahier des conditions de vente, en général deux mois. Passé ce délai, des intérêts courent, puis la réitération des enchères peut être poursuivie : le bien est remis en vente aux risques de l’adjudicataire défaillant.
- Le titre. Le jugement d’adjudication tient lieu d’acte de vente ; il est publié au service de la publicité foncière. L’expulsion d’un occupant sans droit relève d’une procédure séparée.
Ventes notariales et ventes interactives
La vente à la bougie est une vente volontaire : le vendeur a choisi ce mode pour obtenir un prix de marché sans négociation. On s’inscrit auprès du notaire, on consigne un chèque, et l’adjudication est prononcée à l’extinction de la seconde bougie. Les ventes interactives en ligne ne sont pas juridiquement des adjudications : ce sont des appels d’offres à durée limitée, à l’issue desquels le vendeur choisit une offre (en général la meilleure) et signe un compromis classique, avec les délais de rétractation et de financement habituels. Pour un professionnel, ces ventes sont plus lisibles : dossier complet, diagnostics à jour, visite organisée, mais la concurrence des particuliers y est plus forte et les décotes plus rares.
Les ventes domaniales
L’État vend en ligne, sur son portail dédié, des biens qui vont du logement de fonction à l’ancienne gendarmerie ou au terrain militaire déclassé. Les dossiers sont accessibles à tous, les visites planifiées, la vente se fait par offres au-dessus d’une mise à prix. L’intérêt pour un marchand de biens tient aux biens atypiques (grands volumes, emprises foncières) sur lesquels peu d’acheteurs savent chiffrer une transformation. Le délai de vente et les servitudes éventuelles se lisent dans le dossier de consultation. Pour les emprises agricoles ou les corps de ferme, la filière n’est pas l’enchère mais l’appel à candidatures de la SAFER, avec ses propres règles.
Ce que coûte vraiment une adjudication
Le prix d’adjudication n’est pas le prix de revient. Dans une vente judiciaire, s’ajoutent :
- les frais préalables de vente (frais de procédure taxés, publicité), à la charge de l’adjudicataire, souvent plusieurs milliers d’euros ;
- les émoluments de l’avocat qui a porté les enchères, fixés par convention ;
- les droits de mutation, au taux de droit commun ou au taux réduit selon la qualité de l’acquéreur (voir plus bas), calculés par le simulateur de frais de notaire ;
- les frais de publication du jugement au fichier immobilier.
Selon les dossiers, l’ensemble représente entre 8 et 15 % du prix d’adjudication, sans agence. Ajoutez le portage jusqu’à l’entrée en jouissance, qui peut être long si le bien est occupé, et le coût des travaux estimé sur une visite unique. C’est pour cela que la mise à prix ne dit rien : seul le prix de revient complet, comparé aux ventes réelles du quartier, dit si l’affaire en est une.
Le régime marchand de biens aux enchères
L’engagement de revendre dans les cinq ans, qui ouvre droit aux droits d’enregistrement réduits, s’applique aux acquisitions à titre onéreux : une adjudication peut en bénéficier, à condition que la déclaration soit portée au jugement. Concrètement, on le prévoit avec l’avocat avant l’audience et on le fait confirmer par le notaire chargé de la publication ; s’il est oublié, l’acquéreur paie le taux plein. La fiche sur le statut de marchand de biens détaille les conditions du régime ; l’application aux ventes judiciaires reste à valider au cas par cas avec votre notaire.
Fixer son prix plafond
La méthode est celle de toute opération d’achat-revente, appliquée à l’envers : on part de la valeur de revente prudente, établie sur les ventes réelles DVF et non sur les annonces, on retire les honoraires de revente, la marge visée, les travaux, le portage et les frais d’adjudication, et ce qui reste est le prix maximum à enchérir. Le simulateur de marge fait ce calcul en direct : le champ « prix d’achat maximum pour 20 % de marge » est exactement le plafond à écrire sur un papier avant l’audience. L’article comment un marchand de biens achète aux enchères déroule un cas chiffré du début à la fin.
La règle qui sauve : le plafond est fixé la veille, à froid, et l’avocat a pour instruction de ne pas le dépasser. La salle est faite pour faire monter les enchères ; le seul avantage du professionnel est de savoir quand s’arrêter.
Les risques à chiffrer
- L’occupation : un bien occupé par le débiteur saisi ou par un locataire à bail précaire ne se libère pas au jour de l’adjudication. Le cahier des conditions de vente le dit ; le portage supplémentaire se chiffre.
- L’état : pas de garantie des vices cachés, une seule visite. La réserve pour imprévus monte à 15 ou 20 % du poste travaux.
- La copropriété : arriérés de charges de l’ancien propriétaire, procédures en cours, travaux votés. On demande le pré-état daté quand il existe et l’on lit les procès-verbaux d’assemblée.
- Le financement : aucune condition suspensive. Le délai de deux mois pour payer se prépare avant l’audience.
- La surenchère : dix jours d’incertitude après l’adjudication, pendant lesquels on ne signe rien avec un artisan.
Questions fréquentes
Peut-on acheter aux enchères immobilières avec un crédit ?
Oui, mais sans condition suspensive : le prix est dû dans le délai fixé par le cahier des conditions de vente, en général deux mois pour une vente judiciaire, que la banque suive ou non. On obtient donc un accord de principe avant l’audience, ou l’on dispose des fonds.
Faut-il un avocat pour enchérir ?
Pour une vente judiciaire, oui : seul un avocat inscrit au barreau du tribunal peut porter les enchères, muni de votre chèque de banque ou de votre caution. Pour une vente notariale ou domaniale, on enchérit soi-même, après inscription.
Qu’est-ce que la surenchère du dixième ?
Dans les dix jours qui suivent une adjudication judiciaire, toute personne peut surenchérir d’au moins 10 % du prix ; une nouvelle audience est alors organisée. L’adjudicataire n’est donc définitivement propriétaire qu’à l’issue de ce délai.
Les enchères permettent-elles vraiment d’acheter moins cher ?
Parfois. La mise à prix est souvent basse, mais les enchères remontent vite quand le bien est sain et bien situé. La décote réelle se mesure après coup, en ajoutant les frais et en comparant aux ventes réelles du secteur, jamais sur la mise à prix.
Les enchères et Scout MdB
Scout MdB n’agrège pas aujourd’hui les ventes aux enchères : la veille de ces ventes se fait à la main, sur les sources décrites plus haut. Ce que l’application apporte, c’est ce qui vient avant et après : le suivi du BODACC qui annonce les liquidations bien avant la vente des actifs, la référence de prix DVF pour fixer la valeur de revente, et les scénarios de marge pour arrêter un plafond. Autrement dit, elle prépare l’audience ; elle ne la remplace pas. Pour les autres biens qui se vendent sans annonce, voir le off-market immobilier.